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Echos du Monde – Procès du Carlton : il n’y a plus d’affaire DSK

Pendant près de trois heures de plaidoiries, la défense de DSK a mené une charge violente contre la presse, mais aussi contre certains juges.

« Nous y voilà. » C’est avec soulagement que Frédérique Baulieu attaque ses plaidoiries. L’avocate de DSK se garde bien de triompher, mais elle ne peut faire semblant d’ignorer les derniers rebondissements du procès. Jamais la relaxe de son client n’a semblé aussi proche : lundi, quatre des parties civiles retiraient leurs plaintes contre l’ancien directeur du FMI. Mardi, le procureur requerrait la relaxe pour l’éphémère favori de la présidentielle de 2012. Difficile de rêver meilleur scénario pour un trio d’avocats aguerris.

Juges et journalistes ont fabriqué un monstre médiatique

Pendant près de trois heures, la défense de DSK, dirigée de main de maître par Henri Leclerc, mène une charge violente. Contre la presse, contre des juges, les deux s’étant entendus pour laisser fuiter « une ordonnance de renvoi, si friande de détails inutiles ». C’est à la seule femme du trio que revient la tâche la plus délicate : écorner les témoignages des prostituées, sans pour autant donner le sentiment d’un acharnement sur les victimes involontaires d’une affaire finalement très ordinaire. Alors elle répète : « J’ai pour Jade une certaine estime. Car après une vie de fracas, elle a décidé de vaincre tout cela. » Puis elle pointe du doigt chaque incohérence de ses témoignages. La charge est rude. Mais Jade est dédouanée : « J’ai beaucoup de colère pour ce qu’on lui a fait dans cette instruction », s’attendrit l’avocate. Nous y voilà. En lui demandant de répéter sans cesse ses témoignages les plus crus, juges d’instruction et journalistes auraient fabriqué un monstre médiatique, « la » figure de « la » prostituée. D’ailleurs, que se serait-il passé si DSK avait su que Jade était une prostituée ? « Dans un rapport sexuel collectif, les participants ne sont pas les proxénètes des uns des autres », enterre la femme de loi. Tout cela aurait donc été inutile et scabreux : « L’audience ne nous a rien appris. La place de DSK n’était pas ici. »
 
De la relaxe à la réhabilitation

L’avocate est déjà dans l’après-procès. Elle veut la relaxe la plus parfaite pour une réhabilitation exemplaire. Alors elle s’emporte contre cette petite musique, qu’elle a entendue hier : « Il bénéficiera d’une relaxe, mais beaucoup d’entre nous ne seront pas dupes. » « Est-ce à dire que DSK restera un menteur, un coupable, un salaud ? » C’est au tour de l’avocat Richard Malka de s’enflammer. Il est sec, impitoyable, brillant. « Ce dossier a transformé 66 millions de Français en voyeurs. Trois années d’instruction et de violations du secret de l’instruction. Trois années d’étalage de ce qu’il y a de plus intime dans la vie d’un homme ou d’une femme. Lequel de nous aurait survécu à cela ? » Il fulmine contre la question qui a émaillé tout le dossier : libertinage ou prostitution ? « Définir le libertinage, c’est presque aussi difficile que de parler de Dieu », disserte-t-il en citant le sulfureux Henry Miller. Pour Malka, la question était empoisonnée, car seule la morale peut y répondre. Et seul le droit doit intéresser la justice. Il dénonce à son tour les manipulations de l’instruction : « On a pris un gros chausse-pied pour faire entrer la question du libertinage dans le dossier. Il y a comme ça des mots qui servent à écrire des fictions juridiques. Comme le mot omerta, que l’on retrouve 50 fois dans l’ordonnance de renvoi. Comme si l’on avait affaire à des mafieux. » Il désigne cette habitude très française de détester ses élites : « La notoriété de DSK a été érigée en élément d’infraction. On le poursuit car c’est un homme puissant. Mais ce n’est pas parce qu’on a rendu de grands services à son pays que l’on doit être plus mal jugé que les autres citoyens », ironise-t-il. Refusant que l’on réduise un homme à sa seule pratique sexuelle, Richard Malka dresse alors le bilan professionnel hors pair de son client.

La justice est vieille et cabossée, mais elle existe

C’est à Henri Leclerc que reviennent le privilège et la responsabilité de conclure les plaidoiries de la défense de DSK. À 80 ans, l’homme n’en est que plus habile. « Depuis trois ans, nous assistions à la découverte d’un dossier dans la presse, avant même que nous ne l’apprenions », s’agace-t-il. « Nous ne pouvions aller quelque part sans que l’on ne nous dise que DSK était coupable. Nos amis nous regardaient avec commisération. La réalité, c’est que quelqu’un a fait sortir le dossier tronqué. » L’avocat décrit sa cure de silence. Draconienne. « Nous avons cessé de dire que notre client était innocent. Cela ne servait plus à rien. » Henri Leclerc a attendu le procès avec impatience. Il était convaincu qu’il se tiendrait là, à asséner que « rien ne reste de ce dossier. Il est à terre. La décision qui sera rendue par la justice ne pourra jamais réparer tous les dégâts ». Comme un encouragement aux juges, l’avocat aux soixante années de carrière se réjouit du dénouement proche : « Ma pauvre vieille justice est toute cabossée et toute mal foutue. Mais elle existe. »

Source: Clément Pétreault (Le Point/ AFP)

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