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Russie : les Européens tirent le bilan de leur stratégie

 

Plus question de se laisser « conduire par les événements ». Les Européens doivent développer une « stratégie appropriée, consistante et unie » envers la Russie, a déclaré le nouveau chef du Conseil européen, le très actif Polonais Donald Tusk, au cours de son premier sommet européen, ce jeudi 18 décembre. Enjeu : trouver une solution de long terme pour l’indépendance de l’Ukraine. Mais la discussion stratégique – qui s’est déroulée au cours du dîner – a provoqué un vif débat. Si les États sont plutôt d’accord sur le principe, ils restent toujours divisés sur le fond.

 

 

Garder le cap sur les sanctions

Pour les mois à venir, les Européens souhaitent « garder le cap » des sanctions, mais restent prêts à prendre « toute mesure supplémentaire si nécessaire ». Les 28 disposent ainsi de six mois pour lever ou reconduire les sanctions prises contre la Russie, qui doivent expirer fin juillet. Dans les deux cas – la France comme l’Allemagne insistent sur ce point -, la décision devra toujours se prendre à l’unanimité. « Ça a été une bonne chose que le Conseil européen ait toujours pris des décisions unanimes en ce qui concerne les sanctions », a ainsi jugé la chancelière Angela Merkel à l’issue du sommet. Or ces sanctions sont jugées efficaces, peut-être même trop par certains. 

« Nous savions qu’elles auraient un impact sur la Russie et sur l’Europe », a déclaré François Hollande à l’ouverture du sommet. Mais, dans les couloirs, on insiste plus sur la relative bonne santé du système financier russe qui, avec deux fonds souverains et quatre cents milliards de réserve financière, devrait réussir à garder la tête hors de l’eau. « Les sanctions ne sont qu’une raison parmi d’autres de la mauvaise santé de l’économie russe », rappelle de son côté le Premier ministre finlandais, Alexander Stubb, pour qui l’absence de modernisation du marché russe, toujours dépendant des ressources de gaz et de pétrole, et la crise que traverse l’économie mondiale jouent aussi leur part. En filigrane, il s’agit ainsi de contrer le discours de Vladimir Poutine, prompt à faire des sanctions occidentales la source de tous les maux. 

 

Des conditions strictes pour l’Ukraine

La nouvelle stratégie européenne doit être basée sur « une Ukraine indépendante, moderne et égalitaire », a insisté le nouveau président du Conseil en conférence de presse. Mais, malgré une mise en oeuvre provisoire de l’accord d’association avec l’Ukraine, les Européens gardent une position très circonspecte sur un pays dont la situation économique et politique reste toujours instable. 

Publiquement, les Européens soutiennent à l’unanimité l’augmentation de l’aide humanitaire envers l’Ukraine, décidée par la Commission européenne, et le déboursement de 500 millions d’euros d’aide macro-financière. Mais, dans les couloirs, on est catégorique : il n’est pas question que les États mettent directement la main à la poche pour aider Kiev à surmonter les difficultés économiques. « C’est au budget européen de payer », affirme ainsi une source diplomatique. Or on parle de près de 15 milliards d’euros. Une somme beaucoup trop importante, a tenu à rappeler le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Pas question non plus de donner sans condition à l’Ukraine. La mise en oeuvre des réformes structurelles, notamment sur la lutte contre la corruption, est « nécessaire », rappelle une source européenne.

Vers une nouvelle stratégie régionale ?

Autre clé de la discussion, la stratégie avec les pays voisins de l’Ukraine. Alors que l’Union économique eurasienne – réunissant le Kazakhstan, la Biélorussie et la Russie – devrait voir le jour le 1er janvier 2015, les Européens doivent de leur côté réviser leur copie. Après des associations conclues avec la Moldavie et la Géorgie, quelles relations avoir avec les pays d’Asie centrale ou du Caucase ? L’Arménie, qui faisait partie du Partenariat oriental, a ainsi émis son souhait de rejoindre l’Union économique eurasienne. 

La révision s’avère donc nécessaire, mais les Européens divergent sur le fond. Si les pays Baltes seraient plus favorables à renforcer les liens avec l’Asie centrale, d’autres posent des questions philosophiques. « Est-ce que c’est l’autodétermination des peuples qui compte ou les sphères d’influence qui comptent ? Est-ce qu’un pays situé dans une sphère d’influence est dans l’impossibilité de décider ? Si l’Ukraine avait été en faveur de l’Union eurasienne, on n’aurait jamais eu cette guerre », a ainsi déclaré en conférence de presse Angela Merkel. Prochaine échéance : le sommet de Riga, en mai prochain. 

 

Le Point.fr

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