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Démission du ministre guinéen de la Justice : Cheick Sako ou la mauvaise conscience du professeur Condé

Voici au moins quelqu’un qui a le courage de ses opinions. Dans cette Afrique où la démission n’est pas dans les mœurs politiques par intérêt, par couardise ou toute autre raison, bien de responsables préfèrent avaler des couleuvres jusqu’à l’indigestion que de rendre le tablier quand ils ne sont pas d’accord avec le chef.
 
Me Cheick Sako n’est pas de cette race de pleutres au col blanc.
Dans une lettre du 20 mai adressée au président guinéen, Alpha Condé, mais rendue publique lundi dernier par notre confrère « Jeune Afrique », le ministre d’Etat et garde des Sceaux a en effet décidé de partir faute d’avoir été remplacé comme il l’avait souhaité le 4 avril 2019. Raison invoquée : son opposition à toute modification de la Constitution et cela expliquant ceci, tout ministre de la Justice qu’il est, il n’a pas été associé à la rédaction de la nouvelle loi fondamentale, qui fait actuellement polémique dans le pays.
Dieu seul sait si dans nos démocraties bananières il faut du cran pour s’opposer aux desiderata du chef, tant les risques de représailles sont grands.
Toujours Dieu seul sait si d’autres proches du professeur Condé partagent la position du démissionnaire sans oser l’avouer.
On ne peut avoir que du respect pour Me Sako au regard du casus belli ; le locataire du palais Sékhoutouréya étant sérieusement suspecté de vouloir tripatouiller la Constitution pour remettre son compteur à zéro et renouveler ainsi son bail.
L’intéressé n’a sans doute pas laissé transparaître officiellement ses intentions mais laissent ses porte-flingues lancer des sondes.
Certes tout texte de loi est par essence dynamique pour tenir compte des différentes évolutions opérées dans la société. Mais alors que, dans les démocraties majeures, les modifications sont vertueuses pour apporter plus de vitalité au jeu politique, dans nos pays, il s’agit de grossiers tripatouillages et charcutages pour pérenniser le pouvoir en place.
On vient de le voir récemment au Togo où Faure Gnassingbé n’a fait que suivre le chemin emprunté par nombre de ses aînés comme Blaise Compaoré, Idriss Déby, Denis Sassou-Nguesso, Paul Kagamé, et certains s’en sont d’ailleurs mordu le doigt.
Passe encore que ce soient les « chefs de village » que furent certains chefs d’Etat africains. Mais que d’anciens opposants historiques, à l’image du professeur Condé, se laissent tenter par cette voie aventureuse, voire suicidaire, a de quoi désespérer des hommes politiques du continent.
Que cherche-t-il encore à prouver à 81 ans après deux quinquennats plutôt chaotiques au plan sociopolitique ?
Il n’est d’ailleurs pas le seul à être tenté par les démons de la politique, puisqu’un autre vieillard, dont le pays partage une frontière avec la Guinée, envisage lui aussi de repartir pour un nouveau tour de piste en 2020 suite à la modification de la constitution ivoirienne.
Comme quoi les opposants historiques ne se gênent pas, une fois parvenus au pouvoir, d’ériger en mode de gouvernement les pratiques et méthodes qu’ils ont passé le temps à dénoncer.
L’irascible Condé gagnerait à faire très attention à ne pas mettre définitivement le pays à feu puisque sous les cendres de ses vicissitudes politiques couve toujours le feu.
Vous aussi, professeur !
Alain Saint Robespierre pour l’Observateur Paalga

 

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