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Echos d’Afrique – Le genre en question : « Femmes africaines et leadership »

Malgré les grands discours sur la parité, peu de femmes sont présentes dans les hautes sphères de décision. Sylvia Bongo Ondimba* s’insurge contre cette réalité.

 Si l’on en croit la tendance internationale, la mode est à la femme africaine : une femme talentueuse, créative, rayonnante, engagée, travailleuse, économe. Ouvrons les journaux, allumons nos écrans, participons à des conférences, observons la composition des conseils d’administration et faisons le bilan : où est-elle, cette femme africaine ? Où est celle qui, dans moins de dix ans, portera et donnera vie à 25 % de la population mondiale ? Nous ne la voyons pas. Nous ne l’entendons pas. Aussi importante soit-elle au sein de nos foyers, de nos entreprises, dans la vie culturelle, artistique ou sportive. Les hommes politiques et médias, par électoralisme, par bonne conscience, avec parfois condescendance, s’estiment les porte-parole légitimes de centaines de millions de citoyennes, de leur talent, de leur utilité, tout en se gardant bien de leur octroyer visibilité et représentativité. Jusqu’à quand cela durera-t-il ?

La femme africaine a du talent et le prouve

Malgré tous ces obstacles sournois, la femme africaine a réussi à tenir une place de choix. Joyce Banda, Ellen Johnson-Sirleaf, Catherine Samba-Panza ont été élues président de la République par leurs concitoyens. Au Gabon, en 2009, c’est une femme, à la tête du Sénat, qui a permis la transition pacifique au lendemain de la mort du président Omar Bongo. C’est également une femme qui préside la Cour constitutionnelle. C’est encore une femme qui a été élue maire de la capitale, Libreville. Et encore une femme, Madeleine Berre, qui a été désignée par ses pairs patronne des patrons, à l’instar de Miriem Bensalah-Chaqroun au Maroc. De très grandes institutions sur le continent sont dirigées par des femmes, notamment Fatou Bensouda à la tête de la Cour pénale internationale, ou Linah Mohohlo, gouverneur de la Banque centrale au Botswana. En Namibie, la moitié des députés sont des femmes. Les ministres des Affaires étrangères, des Finances,  de l’Intérieur, du Travail sont des femmes. Ce sont également des femmes qui dirigent la capitale, et deux des trois principales régions du pays. Preuve, s’il en était besoin, que la femme africaine est capable de se hisser aux sommets, quels que soient les obstacles, malheureusement encore trop nombreux sur notre continent.

Pourquoi une si mauvaise représentativité ?

De multiples raisons peuvent expliquer la représentativité médiocre des femmes au sein de nos sociétés. Le racisme structurel, le plafond de verre, joints à la discrimination de la parole féminine et africaine par les médias, par les grandes entreprises, à l’échelle continentale et internationale, ne leur permettent pas de revendiquer leur être ni leur savoir-faire. Cependant, en Afrique, les femmes représentent d’ores et déjà près de 70 % de la force agricole du continent et produisent environ 90 % de toutes les denrées alimentaires, constituant ainsi les premiers agents économiques et sociaux de l’Afrique. Aujourd’hui, ce sont donc elles qui, concrètement, tiennent les leviers de commande du continent. Qui tiennent la famille. Qui tiennent la bourse au sein du foyer. Qui élèvent les enfants et transmettent les valeurs. Qui conseillent l’époux.

L’heure st désormais à la valorisation du leadership des femmes

En 2015, il est urgent de reconnaître et de valoriser le leadership de la femme africaine. Puisque la tendance est à l’Afrique, ses talents, ses marchés, où sont-elles, nos journalistes, nos chefs d’entreprise, nos politiques, femmes et africaines ? La génération en marche ne peut continuer à évoluer, à grandir, dans un environnement qui ne leur laisse pas leur juste place. Nous devons dépasser le temps des discours pieux.Nous devons former. Nous devons accompagner. Nous devons renforcer les capacités. Nous devons protéger. Et légiférer. Parce que la possibilité pour les femmes de participer à la vie économique et publique renforce la croissance économique, une gouvernance équitable et crédible, de l’échelon local jusqu’aux plus hautes sphères de la prise de décision, il est de notre rôle, dans toutes les sphères de la société, de porter la femme africaine dans ses réalisations.Cela doit être la priorité des gouvernants. La priorité des médias. La priorité de l’ensemble des corps de métier et des secteurs économiques. Cela doit être également la priorité des femmes africaines elles-mêmes : celle de croire en elles et en leur leadership. De l’assumer, de l’amplifier, de le revendiquer. De dépasser les freins culturels, de surmonter les peurs personnelles. Que le monde soit aujourd’hui prêt, et davantage encore dans les années à venir, à accueillir de nouveaux leaders, résolues et déterminées ! Elles sont notre lumière et l’avenir de notre continent. Soyez prêt(e)s !

Par Sylvia Bongo Ondimba

Première Dame du Gabon

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