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Echos du Monde – Procès du Carlton : les avocats de DSK dénoncent une « construction folle »

Les défenseurs de Dominique Strauss-Kahn vont s’appuyer mercredi sur le réquisitoire du procureur de la République, qui a demandé la relaxe « pure et simple ».

 « Ce que nous savions est arrivé : ce dossier s’est effondré ! » clame Me Henri Leclerc, après avoir mené une charge tambour battant avec les autres avocats de Dominique Strauss-Kahn pour obtenir la relaxe de l’ancien patron du FMI. La plaidoirie de ce défenseur respecté des droits de l’homme était extrêmement attendue mercredi, au procès pour proxénétisme dit du Carlton. Derrière son pupitre où il a disposé quelques notes, il cite la Déclaration des droits de l’homme de 1789 : « Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. » « En trois lignes, tout est dit : la loi, la loi ! La morale, chacun a la sienne. La vertu, ça se pratique, ça ne se commente pas », ajoute-t-il.

Dès le début des plaidoiries, DSK se montre très attentif aux arguments développés par ses défenseurs. Les quatre anciennes prostituées parties civiles étaient en revanche absentes. Les trois avocats de Dominique Strauss-Kahn ont fustigé pendant plus de deux heures une instruction qui les indigne. « Le droit a été tordu, détourné de sa finalité tout autant que les faits », s’offusque la première Me Frédérique Baulieu. Me Richard Malka y voit quant à lui une procédure « éloignée aussi bien du Cénal que du Code de procédure pénale ».
 
 
« Il ne reste plus rien. Rien, rien, rien » (avocat)

Me Leclerc, évidemment, demande la relaxe au tribunal. « Vous êtes libres bien sûr, mais vous avez tenu un débat contradictoire, vous avez entendu les arguments. Il ne reste plus rien (…), plus aucun accusateur, qu’un dossier qui a coûté une fortune et où il n’y a rien », lance le vénérable avocat. Rien, rien, rien, il le répète, comme un mantra. Le procureur Frédéric Fèvre, mardi, avait demandé la relaxe « pure et simple » de DSK, estimant que ni l’information judiciaire, ni l’audience n’avaient permis d’établir la preuve de la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn ». Certains avocats de la partie civile avaient déjà renoncé à plaider contre l’ancien patron du FMI.

Pour la forme, Me Baulieu a méthodiquement démonté les arguments de l’instruction, pointant les incohérences dans les témoignages des principales accusatrices de son client. « J’ai pour Jade une certaine estime, car après une vie de fracas, elle a décidé de vaincre tout cela », explique Me Baulieu. « Mais j’ai beaucoup d’incompréhension devant cette volonté à tout prix de dire des choses qui ne sont pas vraies », ajoute-t-elle. Toutefois pour l’avocate, Jade est une « victime de la médiatisation, des questions indignes qui lui ont été posées ». « Ce n’est pas à elle qu’il faut en vouloir. J’en veux à ceux qui ont fait d’elle ce symbole et qu’elle ne peut avoir une autre position que celle qui est la sienne », accuse Me Baulieu.

« Il a une liberté sexuelle qui est la sienne » (avocat)

Me Malka dénonce la « construction d’un édifice juridique en forme de pyramide, avec au sommet la notion d’instigation » : DSK devient proxénète parce que sa stature auprès de ses amis les pousse à organiser les rencontres où ils amènent des prostituées. « C’est vertigineux de danger démocratique de considérer qu’un homme est coupable non plus de ce qu’il fait, mais de ce qu’il est », s’étrangle l’avocat. De plus, dans ce dossier où les fuites dans la presse ont été pléthore, « il devient impossible de défendre normalement un homme », regrette-t-il encore.

Me Leclerc dénonce, lui, des « absurdités ». Ainsi les juges d’instruction ont estimé que le « profit » retiré par DSK venait du fait qu’il ne payait pas, dénonce-t-il. Reste l' »anathème » qui pèse sur leur client. « Il a une liberté sexuelle qui est la sienne, il a le droit », déclare Me Leclerc. La loi a évolué, expurgeant le terme de débauche dans le Code pénal de 1995, souligne-t-il. « Vous allez rendre une décision de relaxe », conclut l’avocat du haut de ses 60 ans de carrière juridique, « surtout pour notre justice ». « Ma pauvre vieille justice, toute cabossée, mal foutue, qu’on ne peut rajeunir facilement, mais qui reste », commente l’avocat octogénaire que l’on dit proche de sa dernière plaidoirie, des rumeurs non confirmées.

La justice, à qui il réserve son dernier mot : « Vous le relaxerez et ce sera justice. » Dans la salle, une fois l’audience suspendue pour la mi-journée, un étudiant en droit tend son Code pénal à Dominique Strauss-Kahn pour qu’il le lui dédicace. Dans un grand sourire, il s’exécute.*

Source: Le Point / AFP

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