Interview

Education : l’ancien proviseur du Lycée Wouro, Samba Diallo se prononce sur les maux du système éducatif guinéen

Après les résultats catastrophiques du baccalauréat 2018, la rédaction de votre quotidien en ligne echosdeguinée .net a tendu son micro à Samba Diallo, ancien proviseur du Lycée Wouro et encadreur de 1972 à 2017 sur le résultat négatif enregistré par la région de Labé ainsi que sur les faiblesses du système éducatif guinéen.

Echosdeguinee.net: vous avez servi pendant des décennies dans l’éducation, quel regard portez-vous actuellement sur le système éducatif guinéen ?

Samba Diallo: le système éducatif guinéen a connu assez de haut et de bas avec assez de transformations ça et là, influencées par diverses pédagogies. Mais, je pense que ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est de voir comment remédier ce qui existe, ce n’est pas de faire un parcours exhaustif et décrire tout ce que nous avons connu parce qu’aujourd’hui c’est une simple interview que je vous accorde après des examens nationaux autour desquels tout le monde spécule aujourd’hui en Guinée. Je crois que dans l’ancien temps où j’ai travaillé avec les langues nationales d’abord, jusqu’en huitième année, même les examens d’intégration se faisaient en langues nationales. Mais les langues nationales que nous avons connues n’ont pas connu assez de peine, assez de manquement comme ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a un univers entre l’élève d’hier, ou l’enseignant d’hier et celui d’aujourd’hui. C’est pour cette raison que je ne vais pas vous décrire ce que j’ai pensé dans un document que je suis entrain de préparer : « à quand, comment, où est la vérité de 1958 à nos jours.»

Est-ce que le système éducatif a connu des acquis qui méritent d’être réactualiser?

Oui ! On dit souvent que celui qui vit avec le chef a le ventre ballonné et vous ne savez pas pourquoi. C’est parce qu’il a assez d’idées et il n’ose pas dire. Il y avait des acquis. Le premier d’abord c’était le courage et la volonté de chercher. Quand moi j’étais à Ninguélandé à près de 75 kilomètres de Pita centre, je quittais Ninguélandé pour venir faire des consultations à coté de M. Saïdou Maleya (paix à son âme !). J’utilisais les tracteurs d’alors pour venir. En plus de cela, l’Etat nous invitait à faire la remise à niveau. On quittait Pita, on réunissait tous les enseignants à Labé. Je me rappelle la dernière cartouche que nous avons eu à faire c’est au collège Thyndel ici où tous les professeurs de la Moyenne Guinée ont été regroupés pour une formation. Il y avait des sénégalais, des ivoiriens mais les guinéens ont porté haut le drapeau. Cette initiative a donné des acquis. Il y avait la formation, le suivi. Cependant, ces derniers temps, je crois qu’on dit trop mais on pratique peu. Il y a eu assez d’innovations et de formations pédagogiques mais il en manque encore. Je crois qu’il en manque de toucher du doigt la réalité en vue de tenter de revivifier l’oxygène afin que les enseignants malgré leur niveau, soient remis à niveau pour que le système retrouve son chemin droit.

Dites nous quel regard portez-vous sur les résultats des examens nationaux session 2018?

L’ossature du système éducatif, cette année, a présenté des dents de scie. Une entrée en septième année plausible, un brevet moyen et un baccalauréat négatif.

Venons-en au baccalauréat où on a enregistré le plus faible taux d’admission. A votre avis qu’est ce qui explique cet échec ?

Vous savez qu’en Guinée on est habitué à sanctionner les gens en fonction des résultats. Je dirais que les problèmes actuels sont des problèmes particuliers. Le baccalauréat de cette année a connu assez de chose. L’on ne va pas tout révéler ici parce que le travers de ces examens mérite une étude, une retrouvaille de toutes les autorités, de tous les partenaires et de tous les parents pour tirer des leçons. Personnellement, je dirais que les élèves ont une part de responsabilité, les parents ont une part de responsabilité, l’encadrement a une part de responsabilité. L’Etat constitue le point angulaire de cette grande responsabilité que tous les autres en ont en partition. Si je prends le cas des élèves, aujourd’hui dans toutes les écoles de la Guinée vous verrez des élèves qui viennent quand ils veulent et ils rentrent quand ils veulent. Ils se comportent à l’école comme ils le veulent. Ce n’est pas une bonne chose. Mais, je crois qu’on imputerait cette erreur ou cette bêtise au niveau des encadreurs. Hier, il y’avait le fouet, tout ce qui accompagnait l’élève mais aujourd’hui avec l’état actuel le fouet étant interdit aucun élève ne doit être chicoté aussi bien au niveau des familles qu’au niveau de l’école. Les enfants se croient donc tout permis. On les met dans les conditions idéales, motos, véhicules, portables sophistiqués. Généralement tous ces biens mis à la disposition de l’enfant, il pense que la vie est résolue. Alors que nous avons été colonisés par la science et la technique, nous devons penser à la décolonisation par la science et la technologie. C’est dire donc que ces machines que nous utilisons aujourd’hui, sont faites par des enfants, des copains à ces jeunes enfants qui sont aujourd’hui au chômage en Afrique.
Les encadreurs, je dirais que tout le monde sait que le matériel manque, le stimulant manque dans les services mais on ne doit pas mettre l’argent en amont et en avale. Lorsqu’on choisit le métier d’enseignant, on doit accepter d’être un damné de la terre.
Quant à l’Etat, il doit penser à l’infrastructure, au mobilier, au prime autrement dit au stimulant de l’enseignant qui vie dans cette salle et qui vient avec tout le cortège de malheurs et de problèmes. Imaginez vous un professeur qui a près de 150 élèves dans une salle et qui doit fournir trois notes ou deux notes au moins par mois avec ces élèves que nous connaissons avec les comportements que j’ai cité en haut. Il faut être acrobate, très intelligent, avoir tout les tacts et tous les minuties pour obtenir ces notes là. Et ces notes ? Est-ce qu’elles vont refléter les valeurs intrinsèques de chacun ?

Avez-vous autre chose à ajouter ?
En bref, je dirais qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs, l’enseignant doit accepter la souffrance, l’état doit accepter de dépenser et les parents d’élèves doivent accompagner et l’État et les élèves et les enseignants. Je vous remercie.

Interview réalisée par Mamadou Kossa Sow                                     pour echosdeguinee.net

 

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