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Guinée : placé sous contrôle judiciaire, Mamadou Thug appelle la jeunesse guinéenne à maintenir la pression sur le gouvernement

Plusieurs membres des Forces Sociales de Guinée (FSG) dont le jeune comédien Mamadou Thug interpellées dans la matinée de ce lundi, 23 juillet 2018, à la Tannerie, à l’occasion de la marche pacifique interdite des activistes de la société civile qui protestent contre l’augmentation du prix du carburant à la pompe ont finalement été libérées quelques heures après et placées sous contrôle judiciaire par un juge d’instruction du Tribunal de Première Instance de Mafanco. Mais, loin de se décourager, le jeune humouriste Mamadou Thug, réagissant à chaud au téléphone de votre quotidien en ligne echosdeguinee.net a appelé la jeunesse guinéenne à manifester encore pour maintenir la pression sur le gouvernement en vue du retour du prix du litre d’essence à 8.000 francs guinéens à la pompe. Il a aussi fustigé le comportement de certains leaders de la société civile qui ont fui les agents de sécurité. Entretien !

Echosdeguinee.net : dans quelles circonstances avez-vous été interpellé ce lundi matin à la Tannerie ?

Mamadou Thug : je suis un membre des Forces Sociales de Guinée. Je suis responsable d’un mouvement basé à cause qu’on appelle ‘’La Nation d’abord’’. J’ai participé à la planification de la marche pacifique des Forces Sociales de Guinée. La semaine dernière, le gouverneur de la ville de Conakry avait interdit cette marche pacifique. Nous avons cherché à faire comprendre à l’opinion que nous sommes des légalistes en ne sortant pas après cette décision du gouverneur. Chacun est resté chez lui.
Cette fois-ci encore, comme la loi l’indique, nous avons expédié une correspondance au gouvernorat. Le gouverneur a transmis cette lettre d’information aux différentes mairies qui ont finalement autorisé. On s’est alors investi pour que cette marche réussisse.
On n’était pas d’accord qu’un communiqué du gouverneur diffusé à 20h 30 nous empêche de marcher, parce qu’il devait nous le notifier 48 heures avant la date indiquée. Et vous savez que quand ils disent que la marche n’est pas autorisée ce qu’ils se désengagent de la sécurité des personnes civiles que nous sommes.
On était alors dans l’engouement, on a trouvé des personnes pour encadrer la manifestation. C’est quand tout le monde est rentré à la maison que nous avons suivi le communiqué du gouverneur interdisant encore la marche. On s’est retrouvé d’urgence au siège de la PCUD où nous sommes restés jusqu’à 2 heures du matin. Finalement, nous avons décidé de maintenir la marche pacifique. En conséquence, nous avons fait un communiqué que nous avons publié à travers les réseaux sociaux.
C’est dans ce contexte que mon groupe ‘’La Nation d’abord’’ et moi sommes partis de chez nous à Cosa pour la Tannerie, choisie comme point de ralliement. Sur place, les policiers nous ont dispersés à coup de gaz lacrymogène. Nous avons replié vers Somparéyah où nous avons fait un sit-in pour assumer notre statut de leaders de la société civile. Quand on est leader, il faut assumer ce qu’on est. On ne peut pas être responsable d’une société civile et fuir les services de sécurité pour échapper au gaz lacrymogène. C’est pourquoi, nous nous sommes assis. J’étais avec le doyen Ibrahima Baldé, Loukie Kaba, Mamadou Yaya Diallo dit Le guide, Saïkou Amadou Tidjane Diallo alias Cheick Tall et d’autres personnes. On était au nombre de 7. On s’est assis sur le goudron. Les mambas de la police sont venus nous trouver assis. Ils ont voulu nous brutaliser pour nous jeter dans les voitures, j’ai demandé d’ouvrir les portières pour qu’on embarque tous.
Après, nous avons d’abord été conduits au commissariat central de Matoto où nous avons été auditionnés. De là, nous avons été transférés au Tribunal de Mafanco où un pool d’avocats des Forces Sociales et mon avocat Maître Adama nous ont retrouvé et nous avons été libérés.

Vous êtes quand même placés sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction qui vous a reçu au Tribunal de Mafanco…

Les avocats nous ont dit que dans le cas où ils auront besoin de nous pour un jugement ils vont nous appeler. Mais que pour le moment nous sommes libres. Nous avons laissé nos numéros pour toute fin utile. Mais, nous n’avons pas été auditionnés à Mafanco. C’est après avoir lu les PV avec lesquels nous sommes venus du commissariat central de Matoto que le juge d’instruction nous a libérés.

Quels enseignements tirez-vous de cet incident ?

Le premier enseignement, c’est l’avancée de la compréhension de la police, parce qu’aujourd’hui les gens sont moins brutalisés. Nous, nous n’avons pas été brutalisés. Au départ, on nous a brutalisés. Mais après, nous n’avons pas été brutalisés pour le reste de la procédure. Les agents se sont bien comportés avec nous. Nous avons été respectés dans nos droits. Je tiens à le reconnaitre. Ce qui me fait dire qu’il y a une avancée considérable au niveau de la police.
Le deuxième enseignement est que je n’ai pas aimé de voir d’autres leaders des Forces Sociales fuir le terrain du combat pour aller se cacher. C’est une mauvaise leçon que je tire d’autres hommes appelés leaders de la République.

Peut-on avoir des détails sur les leaders de la société civile guinéenne qui ont décampé à l’arrivée de la police ?

Je ne nomme pas les gens moi.
Troisièmement, je réitère aujourd’hui. Si demain, on dit de sortir, je vais sortir jusqu’à ce que le gouvernement fléchisse, parce que nous voulons que le carburant revienne à 8000 francs guinéens. A 8001 GNF, on ne veut pas. A 9000, on ne veut pas. A 10000, on ne veut pas. A 8000, c’est bon. Mais, pour moi le professeur quand même laissez-nous à 5000. Ça c’est comédien Mamadou Thug et le professeur.

Il semble que les centrales syndicales ont projeté une marche pour ce mardi, est-ce que vous allez sortir avec ces syndicalistes ?

Je ne me prononce pas sur le programme des centrales syndicales. Moi, je me prononce en tant que citoyen, en tant que leader de la société civile. Je ne parle pas du syndicat. Je ne connais pas comment les syndicats fonctionnent. Je ne suis qu’un artiste et leader d’opinion.

Avez-vous un autre message à nous confier ?

Le message à confier c’est de dire à toute la jeunesse guinéenne, à toutes ces personnes de bonne foi, aux gens qui sont pour ce droit de marcher, de manifester leur ras-le-bol afin que le carburant revienne à 8000 de le manifester. Car, nous allons le manifester, on va mettre la pression, on va accélérer afin que le gouvernement fléchisse.

Réalisé par Idrissa Diallo pour echosdeguinee.net

 

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