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La culture équestre au Fouta Djalon : mobilité, islam et pouvoir

D’origine septentrionale, attesté au XIIIe/XVIIIe s., rare et précieux, le cheval (puccu ou mbaddhu) occupe une place de choix au Fouta Djalon. Un art de vivre équestre lie artisans, lettrés et chevaliers. Combinant valeurs islamiques, ambitions politiques et loisirs, une culture originale s’épanouit.

Fac-similé de fresque ornant la case d’Alpha Mamadou Paté (m.1889) mo almami Oumar Relevé : Ernest Noirot, collection Bayol Lieu/date du relevé : Sokotoro, (probablement le 11 juillet 1881)

Du Sahara/Sahel au Fuuta

Le cheval saharien (race barbe) est associé aux « responsabilités » militaires, politiques, et religieuse.
En raison de sa résistance aux maladies endémiques, le cheval « sénégambien » ou « sahélien » est plus répandu :« la race en est petite, robuste, et a le pied parfaitement sûr » (Hecquard, 1851). Si tous sont des pucci (chevaux), les termes ndimaagu (cheval de race) ou mbaaraagu (beau cheval blanc) désignent les premiers – dont l’espérance de vie au Fuuta Jaloo dépasse rarement cinq ans.

Stimulée par les capitales de diiwe et les misilaaji, la demande rencontrait l’offre de commerçants dioulas, maures – puis fulbhe fuuta. Koyin s’approvisionne à Kayes (Khasso – Mali). Diountou, 22 mars 1817 : le jaggal (premier ministre) est vu sur une monture du leydi Gannar (Campbell). Modi Mamadou Dian (m. 1943) vendait des chevaux avant d’être nommé chef de Daara Labé.

1818 : Timbo compte 1000 chevaux pour 9000 habitants (estimation de Mollien) ; « à l’aube, de beaux coursiers conduisent rapidement leurs cavaliers aux champs, ils regagnent (plus lentement) la ville au crépuscule » (1827, Carnot). Femmes et enfants sont conquis. En témoignent Bodiel, cheval de Nennen Mariama Daara (épouse de Modi Kolon [m. 1910]) (Bari/Soo, 1992) et le jeu du puccu kaaba. Une « simple tige de (maïs) coupée à fleur de sol avec son épi (…) avec une ficelle comme mors, donne (à l’enfant fuutanke) l’illusion d’un noble coursier » (Traoré, 1940).

« Il a créé pour vous les chevaux (…) pour que vous les montiez et pour l’apparat » (s.16 – v. 8)

Parlant du héros, le griot rappelle que trois corps de métiers étaient requis pour monter un cheval: «O tippi e bayillo, garanke poodhi mo, o yheengi e maama labbo ». «Il mit pied sur l’étrier (forgeron), saisit les rênes (cordonnier) et se hissa sur la selle (boisselier) ». Au premier revenait les anneaux, boucles de harnais, éperons, étriers (kirke), gibecières (garbus) et mors. Le second confectionnait bottes, brides, poitrails, rênes (taltalli), sangles (alkabeeje), tapis de selles et têtières ». La selle était l’œuvre du troisième.
« Bhe wi’i puccu: « ko honto fewdha?” Ngu wi’i : “Ko lagambal anndi” – Interrogé sur son itinéraire, le cheval recommande de s’adresser à la bride. « Il faut obéir à son chef et se laisser diriger par lui » (Gaden, 1931). Savoir-faire et direction sont imbriqués. L’apparat conféré à l’achèvement de la traduction du Coran explique le recours au cheval de parade. Le cerno (lettré) « rentrait chez lui monté sur un cheval blanc entouré d’une nombreuse suite à cheval ou à pied chantant les louanges du Prophète et de Dieu » (Diallo, 1972).

Le coursier (puccu koohu) s’attire les suffrages de l’élite politique.     « Les chefs peulhs sont grands amateurs de chevaux, goût que l’almami (Oumar) encourage autant qu’il le peut. Aussi, pendant la route (de Timbo à Sokotoro – 17 mars 1852), profitaient-ils de tous les terrains favorables pour lancer leurs coursiers et exécuter des fantasias, dans lesquelles je les vis manier leurs montures et leurs armes d’une manière très remarquable » (Hecquard). L’art équestre est en effet indissociable de la vie militaire.

« Préparez contre eux tout ce que vous pouvez (…) comme cavalerie équipée » ! (s.8 – v. 60)

A chaque héros son destrier. Koyin, 1867 : Abdurahman demande à son grand père Sayku Saliyu Balla : « midho faala ndimaagu maa ngun, ngu woowudhaa habbirde konu ngun »« donne-moi le pur-sang que tu prends d’habitude pour te rendre à la guerre !». Le droit de la guerre prévoit le financement de la cavalerie : « Konu woo yahayngu, si jawdi hebhoyi (…) Watte ka Bayt al-Maali jowabhal (…). Ko e dhun bhe ittata coggu pucci » (Bah, 1998). « Toute armée en campagne prenant un butin (…) verse 20% de sa valeur au Trésor Public – dont une partie sert à l’achat de chevaux ».

Farba Keeba souligne l’importance du cheval dans l’enfance de Modi Yaya Kade (1830-). « Ko bhi ceddho, ko « fanku waddodha » on dankora » (Baldé, 2016) – « fils d’une ceddho, « Tais-toi et monte à cheval » fut la devise de son éducation ». Devenu landho Labe (1892), il confie les écuries du diiwal (à Goumbabel et Gallou) aux frères de sa mère – Kumanco Sane [Baldé, 1995]. Le père (alfa Ibrahima – m. 1880) vainquit la cavalerie ngabunke: « 22 shaban 1268 [19 mai 1851 – Bérékolon] » : « Nous confisquâmes les chevaux (…) harnachés et sellés (…) dans le but de nous envahir » (Cerno Samba Mombeya).Le fils enrichit le savoir-faire du Fuuta Jaloo en recrutant des experts.

La communication politique (Farba Ibrahima Njala) ordonne les robes de la cavalerie d’Alfa Yaya (m. 1910) dans une matrice tricolore. Blanc : habit du landho (« Puccu wa’ungu wa perkal » /cheval comme la percale). Noir : livrées des pages de la Cour (« puccu mboongu (…) woni dolokke sukaabhe nder galle bhen »). Tacheté : attribué aux juges (« puccu purtu-parta (…) woni puccu (…) nyawoobhe bhen »). Immaculé, l’alfaajo compte sur la force de la jeunesse et la justice des Anciens.

Taltalol puccu e bhoggol Kaamilu

“Ngo junngo (…) ko nanngataa, ko taltalol puccu e bhoggol Kaamilu” – “Cette main (…) saisit les rênes du cheval et les ficelles du Coran » (Modi Sori mo Almami Bokar Biro, 1896). Toutefois, équitation et religion n’excluent pas les courses. 8 mars 1794, Timbo : « près de 20 jolis petits chevaux (…) courent (…) sur une petite plaine de 400 mètres de longueur. Leur rapidité semble ravir l’Almami (Sadou) et tous les notables présents. (…) C’est la seule fois que nous les voyons se divertir ». (Watt).

En souvenir de mbara Dalen,
ravissant cheval blanc offert par El Hadj Tidiane à El Hadj Alpha Mamadou Lélouma
Yo Allah hino bhe yaafo bhe, rokka malal e aljanna!

Alfa Mamadou Lélouma
alfamamadoulelouma@gmail.com

 

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