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Santé – Sida : le traitement préventif efficace

La prise d’un médicament juste avant et après un rapport sexuel à risque limite les contaminations. Mais le dépistage et la protection doivent rester de mise.

Il est possible de réduire de façon très importante les risques de contamination par le virus du sida, même en ayant des rapports sexuels non protégés avec des personnes infectées par ce redoutable virus. C’est ce que va confirmer aujourd’hui le professeur Jean-Michel Molina (chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis, à Paris), lors de la CROI (Conference on Retroviruses And Opportunistic Infections), qui se tient à Seattle aux États-Unis. Une nouvelle largement commentée depuis quelques jours par l’association PrEP (qui regroupe des personnes concernées par la prophylaxie préexposition).

Pour bien comprendre l’importance de cette annonce, il faut se souvenir qu’un essai baptisé Ipergay (pour Intervention préventive de l’exposition aux risques avec et pour les hommes gay ») a été lancé par l’ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites) en 2012, pour une durée de 4 ans. Au départ, il s’agissait d’une étude en double aveugle (une moitié des personnes recevant sans le savoir un placebo). Mais la différence étant telle entre les deux groupes que le « bras placebo » a été stoppé assez rapidement. Lors d’une visite de la ministre de la Santé à l’hôpital Saint-Louis le 1er décembre dernier, le Pr Molina, principal investigateur de cet essai, lui avait d’ailleurs détaillé les résultats très positifs de la prise du médicament antirétroviral Truvada (laboratoires Gilead) en préventif.
 
 

À la même période, le Conseil national du sida avait appelé à la préparation de la mise en oeuvre de cette stratégie de prévention. Quant à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle la recommande depuis juillet « comme moyen complémentaire de prévention de l’infection par le VIH dans la population homosexuelle masculine ». Ce qui n’empêche pas tous les spécialistes de s’inquiéter d’un éventuel changement de comportement, d’un relâchement vis-à-vis de la prévention et d’une majoration des prises de risque. Ce point sera étudié dans la dernière partie de l’essai, jusqu’en 2016.
7 000 nouveaux cas de sida chaque année en France

Mais déjà l’association PrEP énonce ses revendications, dans un communiqué : « Dès le 25 février, il reviendra aux autorités de santé de mettre à disposition la PrEP dans les plus brefs délais afin de disposer d’un nouveau moyen efficace d’enrayer l’épidémie », peut-on y lire. Les personnes intéressées ou susceptibles de l’être sont, selon ce texte, les HSH – hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes -, migrants, bisexuels, transsexuels, libertins et travailleurs du sexe qui n’utilisent pas de façon régulière les préservatifs. S’y ajoutent les volontaires Ipergay séronégatifs qui utilisent déjà des antirétroviraux à titre préventif et devraient pouvoir continuer à le faire, ainsi que les « utilisateurs de PrEP sauvage », qui se procurent souvent leur traitement au marché noir.

Il y a actuellement environ 7 000 nouveaux cas de sida par an dans notre pays, dont 40 % au sein de la communauté gay. Si l’on en croit l’association PrEP, la majorité des contaminations « se retrouve au sein des personnes pour qui le dépistage régulier n’est pas une option, qui n’utilisent pas les préservatifs de façon régulière et qui n’ont jamais entendu parler d’alternative pour leur protection ». C’est pourquoi cette association, comme de nombreux spécialistes, plaide en faveur de la reconnaissance de ce traitement préventif, le Truvada n’ayant pas – encore – d’autorisation de mise sur le marché dans cette indication.

Anne JEANBLANC

Le Point

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